Où j’en suis…

Tout s’est calmé, j’ai l’impression que c’est maintenant le temps de clore tout ce cheminement que j’ai fait depuis plus d’un an, par rapport à ma sortie des Témoins de Jéhovah. Depuis mon dernier article du mois de juillet 2009, beaucoup de choses se sont placées et se sont calmées.

La plus grande étape franchie, je dirais que c’est de le dire à ma famille. Ça s’est passé pas très longtemps après l’écriture de mon dernier article. Cela scellait définitivement ma décision. Je ne leur en avait encore glissé aucun mot parce que je savais toutes les émotions que ça impliquait pour eux et je ne voulais surtout pas leur faire une fausse joie. Mes parents ne sont pas Témoin et ils ont toujours souffert du fait de ma décision.

Je ne savais pas comment leur annoncer ça, alors je leur ai fait une bande-dessinée qui résume tout mon cheminement par rapport à ma sortie du groupe. Je leur ai remis une version imprimée, avec le texte écrit à la main, mais j’ai fait une version facebook que je garde généralement cachée au public. Les textes sont écrits en bas des images. Les bulles des personnages ne font que compléter le texte. Je suis maintenant prête à partager le lien avec vous:

Instruction Manual for Life

Mes parents et mon frère unique étaient là, tous réunis autour de la table de cuisine. J’ai pu lire une certaine inquiétude sur leurs visages au début de la lecture, ils n’avaient aucune idée de ce que je voulais leur dire. Mais à mesure qu’ils comprenaient le message, les larmes se sont mises à couler sur leurs visages. À la fin, nous nous serrions tous dans un tourbillon de larmes de bonheur. Je n’oublierai jamais ce moment qui n’appartient qu’à nous.

Je dirais que le conseil de Mike (voir le dernier article) qui m’a le plus servi est celui de laisser les gens partir doucement. Quand ils m’appelaient pour m’encourager à revenir à l’organisation, je leur disait que c’est une décision que j’ai prise et je ne voulais pas en parler et que si jamais j’avais le goût d’y retourner, je serais à l’aise de leur demander de l’aide. Je sais bien que ça n’arrivera pas, mais c’est pour leur dire de ne plus venir vers moi à ce sujet. Je leur montrait clairement que je ne les rejetais pas en continuant la conversation sur tout autre sujet, leur demandant de leurs nouvelles, etc. La plupart ne m’ont jamais re-contactée. Certains, plus fidèles ont respecté ma décision et sont restés, bien qu’un peu plus discrets. Ceux-là sont ceux avec qui les affinités allaient plus loin que la seule religion. Parce que la plupart de mes amitiés dans les Témoins de Jéhovah reposaient sur les croyances communes. Maintenant que cela n’existait plus, il n’y avait plus vraiment d’affinités.

Aussi, une de mes amies et son mari ont quitté l’organisation dans les mêmes temps que moi. Cela nous a beaucoup rapprochés. Nous avons vécu la chose très différemment, et cela nous faisait beaucoup de bien d’en parler ensemble. Il y a encore certaines séquelles dont on aime parler ensemble (par exemple, des sentiments de culpabilité qui nous viennent de notre ancienne vie de Témoin de Jéhovah, ou notre vision déformée de certaines choses qui sont en fait normales). Je n’entrerai pas dans les détails.

J’ai aussi renoué avec une ancienne collègue de travail qui est devenue une des personnes les plus importantes de mon cercle d’amis. Elle m’avait vue pendant que j’étais Témoin, elle a vu mon cheminement et elle m’estime beaucoup pour ça. Nous avons développé une très belle relation d’amitié.

Bien que tout cela me donne l’air d’en être sortie indemne et zen, ce n’est pas tout à fait le cas. Oui, il est vrai que je suis sortie du tourbillion de l’action. Les annonces, la grosse culpabilité, la dépression, etc.

N’empêche que maintenant que la guerre est terminée, c’est le temps des bilans et de la reconstruction. Je suis dans une phase où j’en veux à cette organisation de malheur. J’ai 32 ans et j’ai l’impression d’être passée à côté de la vie pendant tout ce temps. Maintenant, je dois apprendre à me motiver moi-même à accomplir des activités que j’aime. Après avoir été poussée à remplir mon horaire d’activités dédiées à Dieu sous peine d’une très grande culpabilité, je ne suis pas habituée à fonctionner à la motivation, mais plutôt à la culpabilité. J’ai beaucoup de difficulté à organiser ma vie.

J’ai beaucoup de difficulté à établir des relations sociales normales étant donné que tout était basé sur le fait d’être Témoin avant. Même si on n’avait aucune affinité avec quelqu’un, on pouvait être de très bons amis, vu que la religion était une affinité en soi. Maintenant, je vois que ce n’est pas tout-à-fait la même chose dans le ‘monde normal’. Et aussi, je vois que je n’ai pas une couleur à moi bien définie. Je ne connais pas grand chose à grand chose, et je ne sais pas trop ce que j’aime et ce que je n’aime pas. Je ne sais pas vraiment ce que je crois, et j’ai souvent l’impression que prendre le temps de faire des choses que j’aime est une perte de temps et est une preuve d’égoïsme.

Mais ce n’est pas tout à fait négatif. Je sens que je me dessine, tout doucement. J’essaie différentes choses. J’ai développé une passion pour le sport que je ne me connaissais pas. J’ai l’intention de recommencer à jouer du piano et aussi peut-être à peindre un peu. Toutes des choses que je n’avais pas le temps de faire en étant Témoin et travaillant à temps plein en même temps. Malgré tout ça, j’ai une grande impression de vide, de manque de direction dans ma vie. Je suis habituée de vivre pour Dieu, et maintenant, je vis pour moi. Dieu existe-t-il? Je ne sais pas et ça ne me dérange pas vraiment.

Alors pour résumer tout ça, bien que je nage encore un peu dans le brouhaha, la tempête s’est calmée, et il est temps de reconstruire. Je reçois encore de l’aide pour cela. Je ne regrette pas du tout ma décision, et je suis très fière d’être où j’en suis. Je regrette plutôt de ne pas l’avoir prise avant.

Merci de m’avoir lue.

Girafe

Articles récents

Quoi faire pour m’en sortir? Mike d’Info-Secte me répond!

Voici la traduction de l’article que j’avais écrit le 23 juillet et qui a été publié dans les commentaires du précédent article (Rester assise sur la clôture, ça fait mal au…) et qui parlait de ma visite à l’organisme Info-Sectes.

Bonjour à tous!

J’ai rencontré Mike le thérapeute pour la première fois aujourd’hui. Nous avons parlé pendant plus de deux heures! Il m’a donné une copie du livre Combatting Cult Mind Control, de Steven Hassan, il en avait deux copies. C’était une rencontre très encourageante pour moi. C’est moi qui ait parlé le plus, j’avais vraiment besoin de m’exprimer. Mais il m’a donné ses commentaires sur ce qu’il pouvait discerner quand je parlais. Comme vous le verrez la discussion était très éclectique! Mous n’avions pas de ‘livre d’étude’ avec des questions par paragraphe pour se limiter à un sujet précis!!! lol Mais cela nous aurait empêchés d’aller au coeur de ce qui est vraiment important.

Selon lui, mon opinion sur l’organisation est déjà faite. Ma tête sait ce que je veux. Mais mon coeur ne peut pas suivre aussi vite parce que je suis attachée aux personnes de la congrégation, et c’est normal. Il m’a donné l’exemple d’un couple. C’est comme si j’avais un copain et que nous constations d’un commun accord que ça ne peut pas fonctionner à cause de nos personnalités et nos buts qui ne concordent pas, et que nous nous mettions d’accord pour se séparer; si je croisais cette personne sur la rue deux mois plus tard, probablement que mon coeur continuerait à battre vite, et que je serais toute énervée à l’idée de lui parler. Et probablement qu’il continuerait à me manquer après notre séparation. C’est la même chose pour la congrégation. Alors il a dit que le temps remettra les pendules à l’heure et que je dois me laisser du temps. Me dissocier officiellement de la congrégation n’est PAS une urgence en ce moment.

Il m’a mise en garde au sujet de la culpabilité envers Dieu ou envers moi. Mais pour l’instant, ce n’est pas un problème puisque je ne crois plus à la Bible ni à aucune religion, et que j’accepte le fait que je ne connais pas la nature de Dieu. Alors pour moi, ce n’est pas un problème (mais sait-on jamais?).

Nous avons aussi parlé du fait que j’ai essayé de ‘quitter’ l’organisation l’automne dernier et que j’y suis retournée environ trois mois plus tard parce que mes amis TJ me manquaient trop. (J’avais commencé à agir comme une personne exclue, même si je ne l’étais pas, alors j’avais coupé contact avec tout le monde d’un coup, je ne retournais pas leurs appels ou leurs courriels.) Nous avons essayé de comprendre ce qui m’avait fait ressentir le besoin d’agir de la sorte. Il trouvait cette méthode un peu drastique… Je lui ai dit que je ne voulais pas investir dans des amitiés qui connaîtraient une fin abrupte quand ils comprendraient que je ne participe plus aux activités de la congrégation. Il a dit que si je veux vraiment être amie avec ces personnes, je devrais leur laisser une chance et les laisser faire le choix d’être mon ami ou non si je devenais inactive. S’ils décident de m’abandonner à cause de mes choix personnels (il a admis que les chances sont très élevées), peut-être que ce serait plus difficile, mais au moins, je leur aurais laissé une chance de prouver qu’ils m’aiment pour qui je suis (je ne parle pas d’exclusion ici, je parle d’inactivité).

Aussi, je pense que je me suis coupée d’eux parce que je ne voulais pas voir qu’ils me jugent parce que je ne participe plus, et aussi, je ne voulais pas leur faire de la peine et je voulais éviter tout discussion douloureuse à propos de la religion avec eux. Mike m’a dit: Qu’est-ce qui est préférable? Cacher ta vraie personnalité pour ne pas blesser les autres ou être jugée, ou être toi-même et peut-être les décevoir et même les perdre? Alors il a suggéré que si certains d’entre eux m’appelaient pour ‘m’encourager spirituellement’, au lieu de les ignorer, peut-être que je pourrais leur dire que j’ai des affaires personnelles à régler en ce moment et que je n’ai pas envie d’en parler pour l’instant. Et aussi leur dire que si j’avais envie d’en parler, je me sentirais à l’aise de les appeler. Il m’a dit d’être sincère, mais ferme, et que je ne suis pas obligée de tout leur dire. Il est bon de garder certains secrets (je suis hyper mauvaise pour garder des secrets, je suis transparente, je dit toujours tout ce qui se passe dans ma tête… j’ai beaucoup de travail à faire là-dessus). Commencer une longue discussion ne ferait qu’agraver les choses. S’ils me jugent après cela c’est leur choix, et j’aurai au moins le mérite d’avoir été honnête.

Je lui ai fait part de mes inquiétudes par rapport à certains engagements que j’ai avec des frères et soeurs (je suis dans un groupe musical de Témoins de Jéhovah et nous avons 2 shows cet automne, je m’en vais faire un voyage de 3 jours à Québec pour un demi-marathon avec 9 autres Témoins fin août, je vais voir une partie de tennis avec 10 TJ de ma congrégation en août, je partage des légumes biologiques avec une Témoin pré-payé pour tout l’été jusqu’en octobre, etc.) Et maintenant, je ne sais pas quoi faire avec tous ces engagements. Mike m’a dit que je devrais juste laisser aller les choses et les laisser décider s’ils veulent que l’engagement soit tenu ou non. S’ils ne veulent pas que je vienne, ce sera à eux de me le dire. Alors je saurai quoi penser de leur amitié.

Il m’a demandé quelles étaient mes plus grosses peurs quand à quitter l’organisation. J’ai peur de la solitude. Je ne suis pas très habile pour me faire des amis. Il m’a dit qu’en m’écoutant parler, il voit que j’ai l’air très sociable et selon lui, je pourrais me faire des amis rapidement. Je trouve cela très encourageant. Il m’a dit qu’il a pu voir dans ce que je lui ai dit que je me soucie beaucoup de ce que les autres penseront de moi. C’est teeeeellement vrai! Je dirais qu’avant d’être témoin, ma plus grande peur était la peur du rejet. Alors cela ne m’aide pas en ce moment. Il faut que j’apprenne à ignorer ceux qui ne m’aiment pas et à me concentrer sur ceux qui m’aiment, et que j’aime.

Il m’a demandé pourquoi je vais encore aux réunions. Je lui ai dit que je n’aime pas vraiment aller aux réunions, mais que j’ai besoin de mes amis. Je ne voulais pas que tout le monde recommence à s’inquiéter et à m’appeler et m’écrire des mails, et finalement me rejettent comme amie. Il m’a dit que je devrais être vraie envers moi-même et que si je n’ai pas envie d’y aller, c’est mieux de ne pas y aller. Y aller juste pour faire plaisir aux autres ne m’aidera pas à faire concorder mon coeur avec ma raison…

Il m’a dit de choisir mes priorités. Et maintenant, ma priorité n’est pas de régler tout le problème tout de suite. Maintenant, ma priorité est de me préparer graduellement. Travailler certains aspects de ma personnalité et reprendre le contrôle de ma vie. Mike est en faveur d’une sortie graduelle, pas une sortie d’un coup.

Je lui aussi dit que j’ai peur de la dépression. J’ai peur de ne pas être assez forte pour faire face à tout ça. Il m’a dit que le fait que j’aie décidé d’avoir ma propre opinion à propos de l’organisation et que je ne l’ai pas juste mise de côté, mais que j’essaie d’enligner mes choix avec mon opinion montre que j’ai beaucoup de force intérieure. Il m’a dit que le fait d’aller à son bureau montre que je veux être vraie et que cela est une force en soi.

Je dois dire que je suis particulièrement fière de cela. Je suis fière d’être assez intègre envers moi-même pour dire que je fais les changements nécessaires pour vivre en harmonie avec mes propres pensées et opinions, que je réussis à combattre toute cette grosse machine de contrôle mental. Quand je lui ai dit que j’étais triste que personne ne puisse voir cette bataille que je suis en train de livrer de toutes mes forces, et que j’aimerais qu’au moins une personne soit fière de moi et m’applaudisse, il m’a dit qu’il est très fier de moi, et que je ne dois pas abandonner parce que je fais la bonne chose. J’ai ravalé mes larmes. Mais il m’a dit que je ne devrais pas trop m’occuper de ce que les autres pensent. Il m’a dit que je devrais me regarder dans le miroir et me dire que je suis fière d’en être rendue là. Je ne sais pas si je peux le faire. Juste y penser me fait pleurer.

Je lui ai aussi parlé du fait qu’en ce moment, je suis complètement désorganisée. Mon appartement est un fouillis, je dois laver une assiette si je veux manger, toute ma vaisselle est sale, mes vêtements, mes plantes sont desséchées, mes comptes pas payés, je mange du restaurant parce que je n’ai plus de vaisselle ni de place pour cuisiner, etc etc… Il m’a dit que ça pourrait être plusieurs choses, mais que c’est souvent le cas quand un Témoin quitte l’organisation. Les TJ ont l’habitude d’avoir un horaire très serré et d’être organisés à l’extrême afin de remplir toutes leurs obligations (réunions, étude personnelle, porte à porte, etc!). Alors le premier réflexe en sortant est souvent de se dire: ‘Maintenant, je peux faire ce que je veux quand je veux’. Souvent, ces personnes tombent dans l’autre extrême. Il a dit que parfois, être ‘tout propre et organisé’ est associé dans notre tête avec ‘être un bon petit Témoin modèle’, alors en rejetant cette dernière identité, nous avons tendance à rejeter tout ce qui y est associé. Cela me semble avoir du sens, il faudrait que j’étudie la question plus en profondeur. Il n’a pas écarté non plus la possibilité de symptômes dépressifs.

Il n’est pas un psychologue, alors il m’a donné les noms de psychologues qui connaissent bien les Témoins et qui ont travaillé avec des personnes qui voulaient quitter l’organisation. Il va aussi me donner le nom d’une ex-Témoin qui a une approche douce (et non drastique!) et qui pourrait me donner des trucs pour sortir. Aussi, il m’a donné le dépliant d’une conférence de la ‘International Cultic Studies Association’ à Denver, qui aura lieu en Octobre. Le thème est centré sur l’aide aux familles et aux anciens membres de groupes sectaires. Plusieurs sessions sont réservées aux anciens membres. Je vais y penser.

Il m’a aussi dit que ce serait une bonne idée de prendre des vacances. Je n’en ai pas pris cette année. Mais il m’a dit de ne pas rester à la maison. J’aurais besoin de sortir de mon environnement physique. Il m’a dit que la distance aide à mettre les choses en perspective. Il m’a dit que d’aller faire du vélo ou de la randonnée en groupe (je lui avais dit que ça fait partie de mes activités préférées) serait une bonne idée parce que ça me permettrait de rencontrer de nouvelles personnes tout en faisant une activité relaxante que j’aime. Je n’y avais pas pensé! Un autre de ses conseils pratiques était de m’impliquer dans des activités, comme mon club de natation. Et aussi essayer d’être plus ouverte aux personnes dans mon environnement de travail. Essayer de mettre à profit toutes mes opportunités sociales de connaître les autres.

Je lui ai parlé d’une de mes bonnes amies, une Témoin inactive, et une autre Témoin qui m’a dit qu’elle resterait mon amie même si j’étais pour être exclue un jour. Il m’a dit que je pourrais être surprise que certaines personnes puissent non seulement accepter mon choix, mais aussi le suivre éventuellement. Il m’a mise en garde contre le désir que je pourrais avoir de m’exprimer au sujet des choses négatives que j’ai trouvées au sujet de l’organisation, et m’a dit de ne pas essayer de les convaincre. Si j’insiste trop, ils pourraient décider de couper les liens avec moi. Mais peut-être qu’éventuellement, je pourrais leur prêter des livres ou autres informations en leur disant que j’aimerais avoir leur opinion, sans leur dire que je suis déjà convaincue. Cela pourrait ouvrir les esprits. Mais pour l’instant, c’est loin d’être dans mes priorités.

Alors c’est beaucoup d’information!!! Je vais essayer de les assimiler graduellement! Je vais essayer de contacter les psychologues qu’il a recommandés, je crois que j’ai quelques points à travailler!

Je tiens à souligner que ces conseils sont adaptés à ma situation personnelle. Peut-être qu’elles ne seraient pas appropriées pour tous les cas. Aucun membre de ma famille est témoin, et je n’ai pas de mari. Alors cela rend ma situation très différente de la plupart d’entre vous. Malgré le fait que je considère encore mes amis Témoins les plus proches comme ma propre famille, cela modifie la manière appropriée de gérer la situation.

Je vous laisse ces deux liens:

Mike m’a donné ce lien, un site sur la guérison après les sectes: reFOCUS: Recovering Former Cultists’ Support Network

Et ceci, que j’ai trouvé par hasard sur le web… Un vidéo à jeter à terre… Il faut VRAIMENT que vous le regardiez… Il s’intitule ‘Instruction Manual for Life‘. C’est à propos de l’ouverture d’esprit, et le vidéo me laisse penser que oui, je vais m’en sortir, oui tout es possible…

J’espère que vous me donnerez du feedback sur ces idées!! Désolée si mon article est un peu long…

Merci de me lire!

Girafe

I hear my voice and it’s been here, silent all these years… – Tori Amos


Rester assise sur la clôture, ça fait mal au…

Voici une version d’un article qui fait suite à mon article Pourquoi de brebis à Girafe, et que j’avais écrit le 11 juillet 2009, quelques jours après le premier… Ma position a bien changé depuis, vous verrez mon évolution dans les prochains articles…

Maintenant, parlons de l’extérieur…

Après avoir constaté que la vérité que je connaissais n’était pas tout à fait vraie finalement (voir mon dernier article), je me suis sentie hypocrite parce que j’ai commencé à me sentir ‘double’. Le moi Témoin de Jéhovah, et l’autre moi. Le moi extérieur et le moi intérieur. C’est à ce moment que j’ai commencé à ressentir le besoin de quitter l’organisation. Alors en septembre 2008 (il y a un an déjà), j’ai arrêté d’aller aux réunions et d’aller en prédication (porte à porte). Le stress que cela m’a causé était insupportable. Surtout quand mes amis Témoins ont tenté de m’en parler. Plusieurs m’ont appelée pour m’encourager. Je ne répondais plus au téléphone, et je ne retournais pas leurs nombreux courriels. Mon coeur était déchiré en deux. Pourquoi essayer de cultiver des amitiés qui se termineraient abruptement le jour où je quitterais définitivement l’organisation? Pourquoi gaspiller toute cette énergie? Parce que j’ai des amis EXTRAORDINAIRES dans l’organisation. Des personnes vraies, des personnes qui me connaissent de bord en bord, des personnes pour lesquelles j’irais jusqu’à donner ma vie.

Quand j’étais Témoin, je devais remettre un rapport d’heures de service à chaque mois. Cela sert aux statistiques, mais aussi cela aide les anciens (genre de pasteurs) à encourager les ‘faibles’ qui sont moins motivés. Quand on ne remet pas de rapport pendant un mois, on est considérés comme inactifs et donc en danger spirituel. À ma grande surprise, les anciens ne m’ont pas appelée pour avoir mon rapport de service. Je ne sais pas ce qu’ils y ont inscrit, mais je crois que j’ai été inactive pendant environ trois mois. Je dois dire que j’étais contente de cela, une explication de moins à donner.

Alors je me suis inscrite à un club de natation, j’avais impérativement besoin de rencontrer de nouvelles personnes. Je ne me suis pas faite d’amis dans le club finalement mais cela me gardait occupée, ce qui était bon en soi.

Après quelques mois, en décembre, j’ai décidé d’aller voir une psychologue pour m’aider à y voir clair. Elle était très gentille, mais pas très habituée aux groupes religieux. Elle me l’avait dit, mais j’avais tout de même essayé avec elle. Je devais lui expliquer beaucoup de choses évidentes pour moi. Par exemple, j’ai dû lui expliquer pourquoi je ne pouvais pas juste prendre ce que j’aimais des enseignement et laisser le reste de côté. Il a fallu que je lui explique l’exclusion, l’inactivité, les choses mal vues, ou bien vues, etc. Aussi, j’avais l’impression qu’elle ne comprenait pas quand je lui disais que je savais que si je recommençais à m’impliquer en prédication, aller aux réunions, étudier la Bible et méditer, ma foi que c’est la vérité reviendrait, et que le choix devant lequel je me trouvais n’était pas tant d’être honnête avec moi-même ou non que d’avoir la foi en cette religion ou non. Elle n’était pas familière avec le concept des Témoins de Jéhovah selon lequel la foi n’est pas quelque chose qui vient naturellement, mais quelque chose qui se construit et se nourrit au moyen d’efforts continus qui, lorsque négligés, la laissent mourir.

Mais vu que ma décision n’était pas prise, je n’étais pas capable de lui parler trop des aspects négatifs, parce qu’un des pire péchés pour un TJ, et qui mérite l’exclusion d’ailleurs, c’est de mettre l’opprobre sur le nom de Dieu en parlant contre son organisation. Alors malgré moi, je n’en parlais qu’en bien. Je savais que cela ne nous permettrait pas d’aller plus loin dans notre analyse commune de ma situation. Mais je dois dire que cela m’a quand même aidé de pouvoir en parler pour la première fois. De sortir pour la première fois l’intérieur vers l’extérieur.

Après tout cela, j’en suis venue à la conclusion que j’étais devant un choix. Soit j’étais hypocrite envers l’organisation en continuant mes activités tout en croyant que ce n’est pas la vérité, ou j’étais hypocrite envers moi-même en niant le fait que j’ai besoin de mes amis Témoins et en me faisant croire que je pouvais me passer d’eux. J’ai alors décidé de recommencer à aller aux réunions et en prédication, et j’ai arrêté de voir la psychologue.

Je n’ai pas trouvé sommeil la nuit avant mon retour à ma première réunion depuis mon faux départ. À la réunion, un ancien que j’aime beaucoup (c’est encore le cas, je l’aime profondément, comme un père), m’a souhaité la bienvenue en me serrant dans ses bras. Tout le monde était content et soulagé de me voir. Câlins et larmes fusaient de toutes parts. Bien que je ressentais un certain sentiment d’échec sous-jacent, j’ai ressenti un énorme sentiment de soulagement, comme si on m’enlevait un piano de sur les épaules.

Je suis totalement consciente que je vais aux réunions et en prédication uniquement pour conserver mon statut de Témoin de Jéhovah actif et ainsi garder mes amis et être bien vue d’eux. C’est mon unique motivation. Je vais en prédication une ou deux fois par mois, question d’avoir un rapport à remettre chaque mois, et je ne retourne pas revoir les intéressés. Je me contente de laisser des publications sans élaborer et sans discuter. Je vais aux réunions environ une fois par semaine, question de garder une bonne réputation dans la congrégation. J’avais recommencé à faire des commentaires aux réunions, mais maintenant j’ai arrêté parce que j’ai décidé que cela dépassait la limite de mon possible pour ce qui est de tolérer ma propre hypocrisie. Je ne suis pas d’accord avec les enseignements, et d’exprimer ma fausse foi en eux va trop loin. Je sais que quelqu’un qui ne fait pas de commentaires n’est pas très bien vu, mais il m’est impossible de faire ce compromis. Je ne prépare pas mes réunions comme je devrais, je n’ai vraiment plus aucun intérêt à étudier les enseignements. Je souligne et prends des notes pendant les réunions, question de rester attentive, et je fais le tri de ce que j’aime et ce que je n’aime pas des enseignements dans ma tête en même temps. Oui, j’exerce mon jugement, je n’accepte plus tout.

Je suis allée à l’assemblée il y a quelques semaines parce que je ne voulais pas que mes amis se doutent de ce qui se passe au dedans de moi et s’inquiètent. J’ai vraiment détesté l’assemblée. J’ai toujours adoré les assemblées, mais plus maintenant. Le thème tournait autour de: « La fin est proche, que faites-vous de votre vie, soyez dans la prédication pour sauver les gens!! » ou « La fin approche, ne laissez pas Satan provoquer votre mort en vous éloignant de l’organisation de Dieu! ». Bien sûr, c’est dans mes mots. Mais c’était l’idée du vrai thème: « Veillez! ». Mon coeur s’est fermé dès le début. Non, la culpabilité n’entre plus dans mon coeur, il est imperméable. Et j’étais tellement désolée pour les TJ qui faisaient des témoignages, de ‘bons exemples’ de personnes qui sont si heureuses d’avoir écourté leurs études, ou quitté leur emploi d’ingénieur à temps plein pour faire de l’entretien ménager à temps partiel, et ainsi sauver le plus possible de personnes avant que la fin du monde arrive… Je trouvais ça tellement dommage… Et dire qu’avant, je me serais sentie coupable de ne pas être aussi motivée qu’eux…

Alors c’est où j’en suis. Maintenant, je sais que je ne pourrai pas toujours rester dans cette position, assise sur la clôture. Mener une vie extérieure qui ne correspond pas à ce qui se passe à l’intérieur est extrêmement épuisant. Et de toute façon, c’est sûr qu’un jour, mes actions trahiront ce que je pense vraiment. Je n’ai pas envie d’être célibataire toute ma vie, et il n’est pas question que je marie un Témoin de Jéhovah. Je veux avoir une relation de couple normale, comme toute personne normale. Alors je me demande si je devrais attendre que cela arrive pour me libérer définitivement de l’organisation. Cela serait beaucoup plus facile, étant donné que j’aurais le support de cette personne et de son entourage qui deviendrait le mien. L’amour m’attendrait de l’autre côté. Je n’ai personne en vue pour l’instant, et je ne pense pas que ce serait le bon moment de toute façon: j’ai encore beaucoup de choses à débrousailler dans mon esprit et dans mon coeur. Mais parfois, j’ai l’impression que cela me sortirait définitivement et doucement de ma double vie.

Je me sens prise dans une situation sans issue. cette semaine, j’ai tenté de contacter Info-Sectes pour avoir de l’aide pour me sortir de là. Je leur ai demandé trois questions:

1- Avez-vous des thérapeutes qui connaissent les TJ?
2- Connaissez-vous une association d’ex-TJ dans ma région?
3- Avez-vous des livres à me recommander? (J’ai lu Crise de Conscience de Raymond Franz qui m’a beaucoup aidé)

J’attends toujours leur réponse, ils sont partis à un congrès à Genève.

Alors c’est là où j’en suis. Si vous avez des commentaires, sentez-vous libres de vous exprimer!
Merci pour vos encouragements

Girafe

“I hear my voice and it’s been here, silent all these years…” – Tori Amos

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